Finding beauty in daily life, unaware

March 2, 2007 § Leave a comment

Tzvetan Todorov, Eloge du quotidien: essai sur la peinture hollandaise du XVIIè siècle (1993)

Vers la moitié du XVIIè siècle, pour des raisons esthétiques (le Carravage, Rembrandt) mais aussi historiques (commerce) et culturelles (protestantisme, valeurs domestiques), des peintres hollandais se sont retrouvés à peindre avec précision et, souvent, bienveillance des scènes de la vie quotidienne: vie quotidienne des femmes, des enfants, et moins souvent, des hommes. Mais ces tableaux ne nous parlent-ils que de cette “réalité” — ou bien parlent-ils surtout du bonheur du quotidien ?
Todorov démonte en quelques traits (l’essai est court) l’esthétique derrière ces noms connus (De Hooch, Vermeer, Hals) et moins connus (Judith Leyster, Metsu). Il montre que la représentation de la réalité n’est pas représentation de toute la réalité: la sélection des scènes dépend parfois de messages allégoriques, souvent de messages moraux. Il y a continuité entre un Rembrandt montrant des personnages de l’histoire religieuse dans un environnement quotidien (au point que lorsque manque le titre du tableau, on n’est plus très sûr s’il s’agit de Bethsabée ou son épouse au bain!), et ces peintres hollandais trouvant une leçon morale dans des gestes quotidiens.
Ce faisant, ils élèvent le quotidien en lui accordant une importance (morale d’abord, esthétique ensuite) qu’on ne lui avait pas accordé jusque-là. Les tableaux se font moralement plus ambigus, tous les personnages ne se justifient plus par la leçon morale, et surtout il règne, par la lumière, par les compositions de dos, par le jeu des regards, un mystère qui pousse le spectateur à une contemplation sans fin du tableau: le représenté dépasse largement le message, le peint acquière une autonomie, et devient jouissance. Le quotidien ne vaut plus que par son lien avec la morale, il devient source de plaisir esthétique. Les peintres découvrent que l’on peut trouver du beau dans du quotidien — rencontre importante de l’idéal et du réel.
Les réalismes postérieurs (du 19è siècle par exemple) ne retrouveront plus cet esprit de célébration positive du réel. En revanche, à mon avis, le cinéma va entièrement le retrouver. Notamment le cinéma muet: burlesque, jouissance de la consommation, désordres célébrés du quotidien — ou bien découverte dans le geste familier de grands moments romantiques, l’amour dans un regard, la sympathie dans un geste, etc.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

What’s this?

You are currently reading Finding beauty in daily life, unaware at flycz.

meta

%d bloggers like this: